Citoyenneté canadienne

21.07.2003 | Mis à jour le 15.10.2005 | Jean-Claude
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C’est dans le courant du mois de mai 2003, après plus de 10 mois d’attente, que j’ai reçu ma première convocation à passer l’examen de citoyenneté. J’étais convoqué pour la semaine d’après, le 26 mai. Hélas, pas de chance, ça tombait en plein dans ma semaine de vacances dans le Sud. C’était la première fois que j’allais me faire griller la couenne au soleil des tropiques, pas question d’annuler. J’ai donc dû téléphoner pour reporter le rendez-vous. La personne qui m’a répondu, après quelques minutes de recherche dans son fichier, m’a dit que je serais convoqué à nouveau « dans quelques semaines ou quelques mois ».

La seconde convocation arriva début juillet. Comme l’autre, elle ne laissait qu’une semaine pour se préparer à l’examen, c’est-à-dire apprendre par cœur le fascicule « Regard sur le Canada » que j’avais reçu au début de mes démarches. Ce document de 40 pages, qui ressemble à une revue, regroupe tout ce que le gouvernement canadien veut que les candidats à la citoyenneté sachent sur le Canada : géographie, histoire, système législatif, judiciaire, etc...

J’étais convoqué pour le 17 juillet à 9H30. Je devais me munir de deux pièces d’identité, de mon passeport et de mon visa d’immigrant. Au bout d’une semaine studieuse pendant laquelle mon livre « Regard sur le Canada » devint mon unique livre de chevet, le jour J arriva.

9H15 : J’arrive au 1025 St-Jacques Ouest. J’entre dans le bâtiment et je présente ma convocation au sympathique cerbère qui trône dans l’entrée. Il me désigne une porte ouverte et m’invite à me présenter à l’accueil. La personne de l’accueil me dit de m’asseoir, on m’appellera. Je prends donc une chaise. C’est une grande salle dans laquelle attend déjà une bonne centaine de personnes. Sur le mur du fond, 15 grands drapeaux pendent lamentablement, faute de vent : les drapeaux des 10 province et 3 territoires, encadrés par deux drapeaux canadiens.

« Excusez-moi, vous parlez français ? ». Je me tourne vers la voix qui m’interpelle. À ma gauche, une jeune femme semble vouloir un renseignement. Je lui réponds que oui, et elle ouvre alors le guide « Regard sur le Canada » qu’elle a dans les mains. D’un air angoissé, elle me demande : « Est-ce que vous avez trouvé le nom du chef de l’opposition officielle ? ». Dans le guide, il y a un endroit que le candidat doit remplir lui-même, et trouver tout seul le nom de quelques personnages importants : Gouverneur Général du Canada, parti au pouvoir, maire de sa propre municipalité, etc...

Je lui réponds que je l’ai trouvé, mais que je ne me souviens pas de son nom et que je n’ai pas apporté mon guide avec moi. Je me souviens seulement du nom de son parti : l’Alliance Canadienne. Devant son regard paniqué, je tente de la rassurer en lui disant que ce n’est certainement pas une question éliminatoire et que d’ailleurs le test n’a pas pour but d’éliminer les gens, mais simplement les inciter à lire le guide. Je ne la sens pas se détendre pour autant.

9H30 : Un homme appelle ceux qui doivent passer le test et les conduit dans la salle d’examen. C’est une petite salle ressemblant à une salle de classe, équipée de chaises à écritoire. Ceux qui désirent passer l’examen en anglais sont invités à se placer sur le côté gauche de la salle, les francophones devant s’installer aux places du côté droit ; une curieuse séparation qui symbolise bien de la situation linguistique du Canada et les problèmes qui en découlent. Parmi les anglophones, il y a un prêtre reconnaissable à son col particulier.

Une fois que chacun a pris sa place, l’homme qui nous a fait entrer nous explique le déroulement de l’épreuve. Il nous dit qu’il est interdit de parler pendant l’épreuve, et que ceux qui seront pris à tricher seront éliminés immédiatement et convoqués devant un juge dans les six mois. Ça ne rigole pas. On nous distribue l’épreuve, un document de 4 ou 5 pages, mais face contre la table et l’on nous demande de ne pas regarder le document avant que le top départ soit donné. Il y a 20 questions auxquelles il faut répondre en 30 minutes. Nous sommes invités à retourner le document et à remplir la première page : nom, prénom, date et signature, mais nous ne sommes pas encore autorisés à regarder la seconde page. Puis arrive le tant attendu « Allez-y ! », et nous pouvons enfin voir de quoi il retourne.

9H45 : Début du test. Il s’agit d’un « questionnaire à choix multiples ». Quatre ou cinq réponses possibles, une seule de bonne. Je crois que le seuil de réussite est de 60%, soit 12 bonnes réponses. Parmi les questions, il y en a certaines en groupes : un groupe de trois et un groupe de deux. Dans le groupe de trois, il doit y avoir au moins une bonne réponse, et dans le groupe de deux, les deux réponses doivent absolument être bonnes, sous peine d’échec à l’examen. Mais les réponses sont évidentes pour celui ou celle qui a lu un peu le guide. Parmi les 20 questions, j’en trouve 15 très faciles (genre « nom du 1er ministre »), ou bien très facilement déductibles par l’absurde des réponses fausses (exemple : type de gouvernement du Canada : 1) dictature 2) République... etc...). Je termine mon test en 15 minutes. Je relis, puis je me lève pour aller remettre ma copie avant de retourner m’asseoir, comme on nous l’avait demandé au début.

La correction a déjà commencé ; deux personnes s’y attellent aussitôt les premières copies ramassées. La correctrice fait appel à l’homme qui nous a expliqué tout le processus. Il jette un coup d’œil à la copie qui semble poser un problème, puis appelle un nom. Une Asiatique semblant très jeune se lève et se rend au bureau. L’homme lui dit quelque chose à voix basse, puis lui tend sa copie. Elle se rassoit au premier rang, il semble qu’elle n’ai pas répondu à toutes les questions. Au bout de quelques minutes, elle redonne sa copie complétée. Un peu plus tard, quelqu’un ouvrira la porte de la salle et l’appellera. Sans doute qu’elle n’aura pas obtenu un score suffisant.

10H15 : Fin du test. Une femme qui avait gardé sa copie jusqu’au bout doit la remettre. La correction est presque finie car la plupart ont rendu leur test très en avance. Il faut dire qu’en trente minutes, nous avions le temps de faire trois fois l’épreuve. On nous annonce que nous allons avoir un entretien avec un fonctionnaire du service de la citoyenneté. Un homme et une femme entrent dans la salle et s’installent aux bureaux qui nous font face. On commence à appeler les personnes par leur nom. Vient mon tour.

Le gars me dit bonjour et, à voix basse, me félicite d’avoir passé l’épreuve avec succès. Il me demande si j’habite toujours à la même adresse, à quel endroit je travaille, quel est mon métier, si je suis sorti du territoire depuis ma demande. C’est un test pour voir si je comprends et parle correctement le français. L’entretien ne dure pour moi quelques minutes. Je suis invité à sortir de la salle d’examen et à attendre la cérémonie.

10H30 : Je rejoins Angela qui m’attendait dans la grande salle. 10H45 : Une femme s’adresse au public. Dans le brouhaha du monde qui se lève, j’arrive à entendre que nous devons entrer dans la salle de cérémonie. Je suis étonné par autant de rapidité. Nous nous levons et nous mêlons à la foule qui se presse pour entrer.

10H46 : À peine entrés, ceux qui, comme moi, ont été convoqués à 9H30 sont invités à sortir : leur cérémonie se déroulera plus tard. Celle-ci est pour ceux qui avaient été convoqués à 8H30. Nous repartons nous asseoir.

12H00 : Entrée à nouveau dans la salle de cérémonie. Le gars avec qui j’ai passé l’entretien nous fait un petit briefing de ce qui va se passer : Le juge va entrer, nous devrons nous lever, puis le juge fera une discours, etc... Il sort, et nous restons seuls pendant quelques minutes. Puis la porte s’ouvre à nouveau : le même gars, mais habillé en robe, cette fois-ci. Tout le monde se lève et attend que le juge prenne place. Il nous invite à nous asseoir. C’est un gros bonhomme qui doit être proche de la retraite. Ses clins d’œil et ses mimiques révèlent son caractère facétieux.

Le discours du juge commence par des paroles d’une étonnante humilité : « C’est un grand jour pour nous, puisque vous avez décidé, de votre plein gré, d’adopter la citoyenneté canadienne... ». Chaque phrase est dite deux fois : en français d’abord, puis en anglais. C’est un discours plein d’humour et de chaleur humaine, récité de mémoire. Vient le moment où nous devons prêter serment, en français d’abord, puis en anglais. Ceux qui le veulent peuvent prêter serment dans les deux langues. Debout, Nous levons tous la main droite et jurons « fidélité et sincère allégeance à Sa Majesté La reine Elisabeth deux, à ses héritiers et successeurs... ». Alors que les photos sont autorisées pendant tout le reste de la cérémonie, durant cet instant précis, aucun appareil d’enregistrement d’images ne doit fonctionner.

Aussitôt que nous avons prêté serment, nous sommes citoyens canadiens. Le juge et son clerc se lèvent et nous appellent tour à tour pour nous remettre notre carte de citoyenneté et notre certificat. La première appelée est une jeune femme asiatique qui pleurait en entrant dans la salle. Le juge lui serre la main en lui parlant à voix basse. Puis elle se dirige vers le clerc et, à la surprise de tout le monde, se jette à son cou pour l’embrasser. Le pauvre en est tout déstabilisé et restera tout rouge jusqu’à la fin de la cérémonie.

À chaque appel d’un nom, une personne se lève et se dirige vers le juge qui prend sa main ,l’attire à lui comme un bon papa, et lui dit un mot d’encouragement à voix basse. Il glisse discrètement quelque chose dans la main de chacun, comme on donne un pourboire. Au début, je ne vois pas ce que c’est, puis certains plus émus que d’autres laissent tomber l’objet en question : une épinglette représentant un drapeau canadien. C’est à mon tour. Il me serre la main, me félicite, et me glisse le drapeau canadien dans la main, en me disant : « portez notre drapeau avec fierté ! ». C’est émouvant, même pour quelqu’un qui ne venait là que pour une simple formalité.

Lorsque tout le monde a ses papiers, le juge fait le bilan : nous sommes 34 personnes, représentant quelque 28 nationalités différentes. Parmi elles, une nationalité représentée plus souvent que les autres : nous sommes quatre Français. Pour marquer la fin de la cérémonie, nous entonnons le « Ô Canada », un couplet en français, le suivant en anglais, ce qui fait que je perds rapidement le fil de l’hymne, malgré la fiche avec les paroles qui m’a été remise à l’issue de l’examen. Ce n’est pas bien grave, car je me dis qu’à ce stade, ce n’est plus éliminatoire.

12H25 : Nous sortons de la salle. En passant, nous sommes invités à prendre un exemplaire de la Charte Canadienne de Droits et Libertés qui vient rejoindre la feuille que nous avons déjà en main. Je sors sur le trottoir, rejoint par d’autres néo-Canadiens, tenant tous en main les précieux papiers qui nous ont valu quelques moments d’angoisse.

Parmi ces papiers, mon vieux visa d’immigrant qui comporte maintenant un gros tampon : « Le titulaire N’EST PLUS RÉSIDENT PERMANENT ». Bizarre, quand même, comme expression : j’ai l’impression de m’être fait foutre dehors...

4 commentaires

Tout morrow another day 24 mai 2007

Un grand grand merci d’avoir ecrit cela... je vais dormir en paix.

Ca fait du bien d’avoir un apercu de comment ca va se passer, et surtout de la duree... d’Exam et d’attente.

Je viens de passer sur un site online de test de citoyennete (voir lien) qui m’a rassure sur le style de questions et ma capa d’y repondre... sauf aux questions ontariennes !

Maintenant, je sais que ma quebecoise de femme ne m’attendra pas avec une brique et un fannal !

-----> lien du test online

Citoyenneté canadienne 20 septembre 2006 Bruno
Merci pour le récit, précis, détaillé et surtout très vivant (on s’y croirait !). Je passe mon examen de citoyenneté demain matin, confiant mais quand même pas sur à quel sauce je vais être "mangé" ; cependant, ton récit me rassure quelque peu... Bruno

-----> La FAQ du Québec

Citoyenneté canadienne 24 janvier 2006 Lyonnais de BistroQuebec...
Merci pour ton lien vers ton blog. smiley Ton histoire me rassérène et je te dirais des que je l’aurais moi aussi on pourra fêter ca. Merci encore.
Citoyenneté canadienne 15 janvier 2006

Un récit à la première personne du singulier et au présent donne toujours l’impression de "vivre" le moment. C’est un peu comme une recette de cuisine à suivre pour obtenir l’effet désiré mais ce n’est pas si facile que ça en a l’air. Tu t’en sors avec les honneurs.

Je ne connaissais pas ton blog avant ce jour. Tu es trop discret mon Alphinou.

AB22

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