Le Médecin de famille

14.09.2003 | Mis à jour le 15.10.2005 | Jean-Claude
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Comme pour beaucoup d’autres choses, on ne s’aperçoit de l’importance des services de santé que lorsqu’on en a besoin. Pendant la première année de mon immigration (1999), je n’ai pas éprouvé le besoin de consulter un médecin et, au cours de cette période, toutes les histoires d’horreur que j’avais entendues à propos du système de santé québécois restèrent très abstraites pour moi.

Au bout d’un an, sous la pression de ma blonde - car les femmes prennent un bien meilleur soin de notre santé que nous-mêmes - je me suis mis en quête d’un médecin de famille. Pour éviter de tomber sur n’importe qui, j’ai demandé à une collègue habitant dans mon quartier. Sa réponse m’a pour le moins surpris : oui elle avait un bon médecin de famille, mais malheureusement il ne prenait pas de nouveaux patients et elle n’en connaissait pas d’autre.

Voilà une réponse à laquelle j’étais loin de m’attendre : ce médecin devait être vraiment excellent pour qu’il refuse de la clientèle ! La suite m’a convaincu que ça n’était pas forcément le cas. Ma blonde, qui avait entrepris des recherches de son côté, nous a trouvé assez rapidement un médecin dans un centre médical pas très loin de chez nous. Ce généraliste originaire d’Inde, m’a semblé compétent et consciencieux. Je commençais à me demander si la mauvaise réputation du système de santé québécois n’était pas un peu exagérée, lorsque ma belle image s’est brusquement détériorée à l’occasion d’un appel téléphonique au centre médical pour prendre un autre rendez-vous, quelques mois après.

C’est ainsi qu’on nous a appris que le médecin qui nous suivait avait quitté le centre médical, et que les autres généralistes pratiquant dans ce centre ne prenaient plus de clientèle. Pour résumer un peu le propos de la secrétaire, nous étions invités à aller nous faire voir chez les Grecs. J’ai trouvé le procédé très sympathique : un médecin part, et toute sa clientèle est envoyée à la poubelle. Heureusement, par une de ses relations de travail, ma blonde nous en a rapidement trouvé un autre, mais à 20 km de chez nous, dans le quartier Côte-des-Neiges, par très facile d’accès lorsqu’on habite dans l’Ouest de l’île.

Au Québec, en tous cas à Montréal, le médecin de famille reçoit uniquement sur rendez-vous et ne se déplace jamais. Pour obtenir un rendez-vous chez le nôtre, il faut compter une semaine lorsqu’il n’est pas trop surchargé. Des collègues m’ont affirmé que le leur ne prenait des rendez-vous que plusieurs semaines à l’avance, voire plusieurs mois. Lorsqu’on se réveille un matin avec 39 de fièvre et la tronche comme un compteur à gaz, pas question d’attendre des semaines, il faut trouver une autre solution.

Dans les centres médicaux et les CLSC, il existe un système de consultations sans rendez-vous (appelé « walk-in » dans mon quartier) qui permet de voir immédiatement un médecin au prix d’une à deux heures d’attente, un temps somme toute comparable à ce que j’ai vécu en France, à la différence près que c’est mon médecin de famille que je consultais, et pas n’importe quel médecin.

La qualité des soins m’a laissé perplexe à chaque fois que j’ai dû consulter. Alors que les médecins français nous bourrent d’antibiotiques pour un oui ou pour un non, c’est le contraire qui se passe ici. Il m’est arrivé deux fois d’aller voir le médecin pour une bronchite traînant depuis plus de 10 jours, avec fièvre et symptômes de surinfection, et ressortir du cabinet avec seulement une ordonnance de sirop. Et encore, c’est parce que j’avais insisté lourdement, sinon je repartais avec pour tout remède une petite claque sur l’épaule et une prière au dieu Tylenol.

Car au Québec existe un médicament dont la seule évocation du nom tue les microbes et rosit les joues : le fameux Tylenol , un équivalent du Doliprane français, et qui constitue l’essentiel de la pharmacopée de base du médecin québécois. Quant aux antibiotiques, ils sont réservés aux seuls agonisants, et sont administrés juste avant l’extrême-onction.

Comme vous l’avez peut-être deviné à la lecture de mes propos, dans la région montréalaise en tous cas, réussir à avoir un médecin de famille accessible, le garder, et se faire soigner correctement par lui, sont trois événements dont la conjonction présente une probabilité infinitésimale. Car lorsqu’il est difficile de trouver un médecin tout court, il est illusoire d’essayer d’en trouver un bon.

Cette pénurie est le résultat de la « maîtrise comptable des dépenses de santé ». L’autre jour, j’écoutais la radio, et un médecin y résumait tout à fait la situation du système de santé québécois. Il disait en l’occurrence que lorsqu’un magasin ne vendait pas ses produits mais les donnait, il valait mieux qu’il soit muni d’une toute petite porte d’entrée pour éviter la ruée. C’est exactement ce qui se passe au Québec où la pénurie de médecins a été créée de toutes pièces pour pouvoir réduire le coût des services de santé qui représente quand même 40% du budget de la province. C’est un choix de société comme un autre. Là où le bât blesse, c’est que la Délégation Générale du Québec, dans ses réunions d’information pour les immigrants, cache la réalité du système en l’affirmant comparable au système français, « et même mieux, puisque les visites chez le médecin sont gratuites pour tous », en évitant de signaler que c’est à condition d’en trouver un, de médecin.

Heureusement pour moi, le climat québécois a eu des effets bénéfiques sur ma santé, puisque je suis bien moins souvent malade que du temps où je vivais en banlieue parisienne. Cependant, je plains ceux qui ont des enfants en bas âge, car les petits ont souvent une santé fragile et l’accessibilité aux soins de santé est primordiale pour eux. C’est un point très important qu’ils devront considérer très sérieusement avant de prendre la décision d’immigrer.

10 commentaires

Le Médecin de famille 13 août 2007 Femme découragée 2  rép.
tout simplement, je suis d’accord !! le système de sante au Quebec est le pire au monde !!!

-----> Le médecin de famille

Le Médecin de famille 14 août 2007

pour dire qu il est le pire au monde il faut avoir connu tout les systeme de santé au monde qui es tu pour dire une tel chose ? AH probablement un francaise... ils savent tous ceux la !!!

Le Médecin de famille 15 août 2007

C’est vrai que ce genre de jugement à l’arrache manque de nuance...et voilà, on casse encore du sucre sur les français ! =)

Les soins de santé à Sherbrooke, un exemple de plus 5 juillet 2007 Nine

Bonjour Jean-Claude,

Encore un témoignage de plus, de la région : Sherbrooke.

Je ne suis jamais malade, rien. Et puis là, mal de ventre qui dure. Je regarde les pages jaunes de mon bled pour chercher un gynécologue. Il s’avère qu’il y en a 3, 4 maximum, premier étonnement. Après plusieurs appels à différents numéros, toujours occupés ou sans répondeur ( ??), je finis par tomber sur une secrétaire qui m’apprends que pour voir un spécialiste, il faut d’abord avoir une prescription d’un généraliste. Ridicule, mais bon ! De plus, les premiers rendrez-vous ne sont pas avant 3 mois. Sans commentaire. Je téléphone au centre de soin le plus proche de chez moi : l’ensemble des médecins ne prend plus de nouveaux patients ! Toujours sans commentaire.

Finalement, je réussis à avoir un rendez-vous dans un autre centre pour le soir même, en passant par les urgences et en exagérant considérablement mon cas.

Le centre, quoiqu’entouré de verdure est des plus vétustes. Le médecin qui me reçoit va bien dans le décors : grand, sec, terne, dégarni. Après 10 mn de consultation et un prélèvement, il est incapable de me dire quoi que ce soit, si ce n’est : Oui, j’ai une petite idée sur la question... Le week-end passe, le mal persiste en s’accroît. Le lundi je rappelle le centre pour essayer de rentrer en contact avec le toubib en question : pas de pot, monsieur est parti en vacances.. ! Mes résultats d’analyse ? Oh, pas avant un mois... ! Franchement, c’est aberrant.

J’insiste et fini par décrocher - par chance - un rendez-vous avec une obstétricienne cette fois, toujours dans la même clinique et pour le soir même (urgence). Après avoir attendu quelque peu, je serais finalement reçu par une étudiante en médecine sur le point d’obtenir son diplôme... l’obstétricienne en question était trop occupée.

Je trouve mon petit exemple des plus inquiétants. La jeune fille en question était médecin de famille et s’occupe de tout : obstétrique, gérontologie, enfants, etc. Autrement dit, elle n’a aucune spécialité et erre dans chaque domaine.

Dans le fond, je n’ai rien, mon mal a disparu après quelque jours comme il était apparu. Depuis les quelques semaines qui se sont écoulées entre cet épisode et aujourd’hui, je n’ai jamais eu la moindre nouvelle au sujet d’un quelconque résultat. On vous appelle s’il y a quelque chose, comme ils disent toujours. Ok, mais l’ensemble est inacceptable parce que tellement impersonnel, interchangeable. Il s’agit ici de soi, de son corps, de son intimité, des inquiétudes propres à chacun, autrement dit de sa vulnérabilité. Constat :zéro rapport interpersonnel (ce qui représente quand même l’un des aspects essentiels du rôle du médecin) et zéro compétence. On est laissé à soi-même, exactement comme c’est le cas pour les nouveaux arrivants qui, après s’être fait baratinés pendant une semaine au ministère de l’Immigration sur le soit disant mode d’emploi de la Belle province, se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-même dans un nouvel environnement qui leur a été vendu comme une PUBLICITE. L’essentiel ayant été sagement écarté.

Je sais que la plupart des nords-américains ont souvent une attitude politically correct, à savoir TRES superficielle quant à l’ensemble de leurs relations interpersonnelles. Superficiel = impersonnel. Visiblement, le système de santé québécois est mû (entre autre) par une dynamique semblable...

Sincèrement, je plains les personnes qui ont des enfants.

Le Médecin de famille 22 juin 2007 Mathilde
Cliquez sur l’article indiqué ci-dessus : « Urgences au bord de la crise de nerfs ». Eh oui, vous êtes bien au Canada, plus précisément à Montréal smiley !

-----> Urgences au bord de la crise de nerfs

Le Médecin de famille 5 octobre 2006

Bravo pour votre site tres bien fait.

Je suis moi aussi francais. Je vis au Quebec depuis janvier 1995, arrive dans les memes conditions que vous, plein d’espoir a l’age de 25 ans sur le marche de l’informatique, moi aussi avec un titre d’ingenieur non reconnu ici. Apres 11 ans, ma femme (francaise que j’ai rencontree ici et arrivee au Quebec en 1998) et moi pensons maintenant serieusement rentrer en France. Ces dernieres annees nous avons subi les affres du systeme de sante. Aussi l’arrivee de notre premier enfant qui a maintenant 13 mois nous a fait reflechir sur le systeme educatif au Quebec, et nous ne desirons pas cela pour notre fille.

Vous avez un style d’ecriture remarquable et j’ai ri jaune si souvent en vous lisant. J’ai trouve cela jouissif, comme si j’etais satisfait de constater que quelqu’un relate enfin la verite de l’aventure de l’emigration France vers Quebec et de voir qu’elle est si proche de ce que j’ai vecu.

Je n’ai pas encore lu votre site au complet mais il ne m’a pas semble y voir de section sur le systeme educatif ni sur l’etat des infrastructures routieres (etat des routes, autoroutes ; je demeure egalement a 2km a vol d’oiseau du 2e viaduc qui s’effondre sur des voitures en 6 ans...) Peut-etre auriez-vous des choses a dire sur ces sujets...

Je pense qu’un livre base sur votre experience se vendrait tres bien, autant en France qu’au Quebec.

Bonne continuation.

Thierry

Où sont les vrais médecins ? 7 avril 2006 Fanie 3  rép.

Où sont nos médecins de famille ? J’entends souvent : "Arrêtez de vous plaindre, vous êtes pratiquement au Paradis, au Québec. " Oui, c’est vrai, notre situation est mieux que dans le Tiers-Monde mais elle est loin d’être paradisiaque. Je ne sais pas comment ça fonctionne ailleurs mais au niveau de la santé, ici, c’est ridicule.

J’ai eu un accident de travail l’été passé. Comme je n’ai pas de médecin de famille (puisqu’aucun ne prend de nouveaux clients), je suis allé au CLSC de mon quartier. J’ai toujours vu le même médecin qui, en pas moins d’une dizaine de visite, ne m’a JAMAIS examiné. Il m’a posé des questions a noté mes réponses et m’a dit d’attendre que ça passe. Je me suis fâché et lui ai demandé s’il allait faire quelquechose ou seulement prendre des notes. Je lui ai fait remarquer qu’il ne m’avait jamais examiné depuis le début de nos rencontres. Sa réponse a été que je pouvais essayer de faire une plainte (en sous-entendant que ça n’aboutirait jamais). J’ai dit que je voulais voir un physiothérapeute pour m’aider à guérir de mes blessures (causées au travail, faut-il le rappeler).

Il m’a finalement fait cette ordonnance contre gaieté de coeur et s’est empressé de terminer mon traitement sans tenir compte de ce que disait ma thérapeute sous prétexte que "Ça coût cher !" !! Donc, ce n’est pas grave si je souffre (parce que de toute façon, c’est dans ma tête selon lui). Il m’a même dit de vivre avec ma douleur !!! À chaque fois, j’attendais 40 minutes, 1 heure avant de ne passer qu’environ 5 minutes dans son bureau. Et ma carte d’assurance-maladie a fait "chik-chik" minimum 2 fois (1 fois par la secrétaire à mon arrivée et 1 fois par le médecin à la fin du 5 minutes de consultation).

Juste de penser que je devais le voir me rendait nerveuse et en colère parce que je savais qu’il n’en avait rien à faire. C’est très fâchant et humiliant. "Prends ton mal en patience, tu vas surement avoir mal le restant de tes jours." Il m’a dit d’arrêter de me plaindre, c’est comme quelqu’un qui a perdu sa jambe ; il sera handicapé le reste de ses jours, c’est la vie. La différence, c’est qu’il ne me manque aucun membre et que j’ai des douleurs quotidiennes qui pourraient être diminuées jusqu’à disparition complète !

Un autre médecin m’a répondu qu’il est normal d’avoir des crampes abdominales lors de mes règles alors que je venais de lui dire que mes douleurs n’étaient pas présentes lors de mes règles ( !) J’avais envie de lui répondre qu’il aurait dû écouter ce que je venais de lui dire et que de toute façon il n’en saurait jamais rien parce qu’il est un homme !! Après consultation avec un autre médecin, le généraliste m’a dit (toujours sans m’examiner) que mon problème était probablement un kyste aux ovaires( !) et qu’en prenant la pilule anovulante, il disparaitrait. ( !!!)

Ma gynécologue, elle, m’a demandé pourquoi je venais la voir avant le douze mois habituel pour l’examen annuel alors que ça faisait 11 mois ! Quand je lui ai dit que j’étais inquiète parce que j’avais déjà eu des tumeurs au niveau de l’utérus, elle m’a répondu qu’il n’y avait rien là parce qu’ils avaient tout enlevé lors de l’opération ( !!!) Elle m’a également dit lors de cette consultation que j’étais ménopausée et que si je voulais des enfants, je devais faire vite car mon horloge biologique était sur le point de s’arrêter. J’avais 21 ans. ( !)

Un autre m’a répondu qu’il ne savait pas c’était quoi mon mal... et c’est tout, next !

En fait, le service de santé est comme n’importe quel autre service, le mot d’ordre c’est : "C’est pas mon département !"

Vraiment, il serait temps que les responsables, qui son payés pour surveiller tout ça, se déplacent, vérifient et corrigent ces situations innacceptables.

Qui sait, peut-être que de déménager dans un autre pays me serait bénéfique au niveau santé. Parce que je me demande si la situation s’améliorera un jour... En fait, je me demande : Où sont les vrais médecins ?

Où sont les vrais médecins ? 29 août 2006

C’est incroyable ! J’ose espérer que la réponse de la gynécologue, "vous êtes ménopausée", alors que vous aviez 21 ans, c’était une blague qui ne vous a pas fait rire. Sinon c’est vraiment dramatique !

Où sont les vrais médecins ? 28 novembre 2006 Tata Vivi

Moi qui suis à Québec ville depuis 2 ans, je pensais que le problème d’incompétence médicale était du à l’éloignement, mais je constate qu’à Montréal, on ne fait pas mieux !!! C’est aberrant, et très inquiétant ! Tata Vivi

-----> Y’a t-il un Médecin dans la ville... ?

Où sont les vrais médecins ? 22 juin 2007 Mathilde

J’insiste, en cas de problème : accidents de travail, problèmes de santé divers, etc. Allez aux urgences de l’Hôpital Général Juif de Montréal. Ils sont compétents et vous serez bien reçus smiley. Honnêtement, par rapport à l’Hôpital Saint-Luc, il n’y a pas à hésiter !

-----> Infos complémentaires sur les problèmes du milieu hospitalier au Québec

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