Voici un article particulièrement édifiant, écrit par Denise Bombardier dans "Le Devoir" :
Comment expliquer d’abord que persiste, avec une virulence sans cesse renouvelée, cet atavisme antifrançais qui s’alimente de préjugés, de distorsions historiques et d’un complexe d’infériorité d’autant plus réel qu’il est nié ? Mettre en avant la qualité de la langue parlée est vécu comme une attaque contre l’identité québécoise par un nombre encore trop considérable de gens pour qu’on n’en soit pas alarmé. Quarante années de révolution culturelle tranquille n’auraient donc servi à rien ?
On réagit comme si notre vie culturelle était encore tributaire de celle de la France, comme on l’observait avant 1960. Le théâtre, le cinéma, la chanson, la littérature, la danse, les arts de la scène, qui ont tous connu des réussites spectaculaires, n’auraient donc guère contribué à nous convaincre de la force de notre singularité. Pourquoi le désir de mieux nous exprimer menacerait-il notre existence en tant que Québécois et, surtout, serait-il le cheval de Troie de la France pour nous coloniser culturellement ? Pourquoi ce pays avec lequel nous partageons encore majoritairement nos racines apparaît comme un repoussoir alors qu’il est le seul au monde à contenir un capital d’affection à notre endroit qui explique pourquoi tant de nos créateurs y sont reçus à bras ouverts ? Y a-t-il ailleurs sur la planète une autre société qui nous aime, nous respecte et nous admire autant collectivement ? Et, avant tout, qui ne souhaite sous aucun prétexte nous imposer sa perception du monde, de la culture, et sa façon de parler ? Par contre, à l’exception des expatriés volontaires qui se sont assimilés, quels sont les Québécois aujourd’hui qui singent les Français et ont honte d’être d’ici ? Il faut donc creuser nos assises, se laisser descendre, comme Alice, dans les abysses de notre inconscient collectif pour trouver des réponses à ces dérangeantes questions.
Comment, par exemple, notre identité peut-elle être affirmée avec tonitruance sur la place publique et être en même temps si fragile ? Pourquoi la langue « d’icitte » serait-elle davantage nôtre que la langue « d’ici » ? Au moment où le maoïsme sévissait en Occident alors que l’intelligentsia vantait Mao marchant sur les eaux et fermait les yeux sur les exactions et les tortures des gardes rouges pendant la Révolution culturelle, on désignait par l’expression sunshiners ces chantres pour qui même les cloaques chinois étaient exemplaires du seul fait qu’ils se situaient en Chine. Nous avons chez nous de ces sunshiners qui croient qu’on doit conserver une langue malade, indigente, déficiente, incorrecte, argotique, du seul fait qu’on la baragouine ici et, faut-il le préciser, surtout à Montréal et dans les médias. Et que penser de la dénonciation de l’élitisme associé à la correction langagière ? Qui trahissons-nous lorsque nous nous exprimons correctement ? Un peuple « mythique », sorte de création mystificatrice d’une petite bourgeoisie scolarisée, privilégiée, qui a mauvaise conscience d’avoir accédé à plus d’éducation formelle, plus de confort, plus d’information et plus de superflu que ses ancêtres, qui ont trimé et se sont serré la ceinture afin que leurs enfants, soit nous, émergent de la misère culturelle de laquelle peu se savaient prisonniers et dont ils espéraient que nous fussions délivrés ?
C’est le labeur ancestral, c’est la fierté traditionnelle que nous trahissons en faisant l’éloge du mal parlé, en truffant de jurons et de sacres les conversations les plus anodines et en se revendiquant du « vrai » peuple, celui des arrière-cours, des ruelles et des bouges. Qui trahissons-nous en traitant de faux Québécois ceux qui s’efforcent de mieux parler, qui traitent leur entourage avec cette politesse qu’on retrouve dans un Québec populaire toujours vivant mais silencieux et effacé ?
Cette obsession de l’élitisme se retrouve particulièrement dans le haut de l’échelle sociale, qui a le coeur à gauche et la tête vissée dans les privilèges. Il y a quelques années, le conseil des ministres du gouvernement québécois avait rejeté le projet d’une campagne pour améliorer la langue parlée au Québec au prétexte que ce genre de campagne était élitiste. Comme quoi la trahison vient aussi de ceux qui crient par ailleurs à la trahison.
Et si nous étions nos pires ennemis ?
Denise Bombardier - LE DEVOIR
Édition du samedi 2 et du dimanche 3 avril 2005
Halala...ces Quebecois !Leurs problèmes d’identité et de complexe vis à vis de la France leur fait perdre la boule ! C’est un bon psy’ qu’il leur faudrait, oui !