La gabegie du transport des matières toxiques au Québec

16.10.2005 | Mis à jour le 01.01.2006 | Jean-Claude
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(GIF) Je travaille à St-Laurent, sur l’île de Montréal et je vis à Pointe-Claire, dans l’ouest de la même île. D’habitude, je mets 15 minutes pour parcourir les 9 Km qui séparent mon domicile de mon lieu de travail, 20 minutes en cas de grosse tempête de neige.

Le mercredi 12 octobre 2005, j’ai mis 1H30, du jamais vu depuis 5 ans que j’habite Pointe-Claire. Le matin même, un camion s’était renversé sur l’autoroute 40, juste à côté de l’entreprise qui m’emploie. Ça aurait pu être un accident banal - il y a 100000 transports par camion par semaine au Québec et les accidents sont quotidiens - si ce poids-lourd n’avait pas contenu 60000 livres d’hydrosulfite de sodium, un produit dégageant un gaz hautement toxique si mélangé à de l’eau.

Car, non content de s’être renversé, le camion a pris feu vers midi au contact de l’humidité. Les pompiers ont essayé tout l’après-midi d’éteindre l’incendie avec de la mousse qui n’a fait qu’attiser les flammes. Pour protéger la population, toutes les routes ont été coupées dans un rayon de 1km autour de l’accident. Pas de bol, mon chemin de retour traversait ce périmètre. Ainsi, non seulement l’autoroute 40 était coupée dans les deux sens, mais aussi toutes les voies de service et le seul boulevard qui relie l’est et l’ouest de l’île de Montréal en son centre, le boulevard Henri Bourassa. Le flot de véhicules empruntant habituellement ces voies s’est engouffré dans les quelques petites rues qui n’étaient pas barrées, transformant toute la région en un vaste parking.

Cette petite aventure m’a inspiré deux questions mûrement ruminées derrière mon volant alors que je rentrais moins vite qu’un grabataire en déambuleur. Tout d’abord, comment se fait-il que la coupure des voies de circulation dans un cercle d’un kilomètre de rayon rend pratiquement impossible l’accès à l’ouest de l’île de Montréal ? Ensuite, comment se fait-il qu’au Québec on puisse apparemment transporter avec autant de désinvolture des matières hautement toxiques et des sacs de patates ?

Le lendemain, j’apprenais dans la presse que les routes du Québec voyaient passer chaque jour plus de 10000 camions de matières toxiques, que la législation en la matière était ultra-légère, que les chauffeurs de ces camions n’étaient pas formés pour la plupart, et que le gouvernement ne savait ni ce qu’on transportait, ni où les matières les plus dangereuses étaient situées à un moment donné. En matière de restriction de circulation, seuls 4 tunnels québécois sont interdits au transport des matières dangereuses. Pour le reste du territoire, c’est "free for all". Rien n’empêche un camionneur transportant du cyanure de se ballader avec son camion en centre-ville de Montréal à l’heure de pointe !

Et puis... cette fois-ci, nous nous en sommes tirés à bon compte, les gaz dégagés par l’accident n’étaient pas si toxiques que cela. À part une forte odeur d’oeuf pourri, personne n’a été incommodé outre mesure. Mais... si cela avait été bien plus grave ? Si un gaz beaucoup plus toxique s’était répandu dans l’atmosphère, causant des dizaines de milliers de victimes ? Comment auraient-elles été soignées, dans des hôpitaux aux urgences débordant déjà de malades en temps normal, au personnel soignant déjà en sous-effectif, surmené et sous-équipé, comme dans tous les hôpitaux du Québec ?

Plus je vis ici, plus la peur me prend. Peur d’être mal soigné, peur de manger de la nourriture néfaste à ma santé, peur d’être intoxiqué par l’amiante en vente libre, ou par un produit émis dans l’atmosphère par un industriel inconséquent par définition. Car cette société s’est livrée corps et âmes aux entreprises qui dictent leur loi au nom de la sacro-sainte bonne santé économique. L’économie doit rouler. Pour le reste... à la grâce de Dieu !

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