J’habite un quartier résidentiel de l’ouest de l’île de Montréal. Dans ma rue, sur le chemin qui me mène le matin au travail, je dois passer 4 stops (ou "arrêts", selon la terminologie québécoise) avant d’atteindre la prochaine artère. Chacun de ces stops est placé à l’intersection avec une autre rue, sauf un, qui ne semble être là que parce qu’à cet endroit, un petit chemin pavé débouche dans la rue. Ce stop avait sans doute été implanté pour éviter qu’un gamin à vélo déboulant à fond par le chemin ne se fasse foutre en l’air par une voiture.
Ce stop-là a failli vivre ses derniers jours l’année dernière. Un beau matin du mois de juin, un petit panneau a poussé sur sa tige. Sur ce petit panneau était écrit qu’un mois après, le stop allait être enlevé. Attention, cet avertissement n’était pas écrit sur un vulgaire bout de carton. Le panneau était sérigraphié professionnellement et fixé solidement par deux bandes métalliques. Il semblait avoir coûté cher et avoir été fait pour résister au moins 20 ans aux intempéries.
À l’époque, cela m’avait semblé un peu trop luxueux pour un panneau qui, somme toute, ne devait servir qu’un mois. Mais bon, la municipalité de Pointe-Claire n’ayant pas encore été ponctionnée par la ville de Montréal, je suppose qu’il restait assez d’argent dans les caisses de la mairie pour s’offrir ce genre de luxe.
Un mois plus tard, le lendemain de la date fatidique, à mon grand étonnement le stop était toujours là. Par contre, le petit panneau, lui, avait disparu. Seuls les deux colliers par lesquels il avait été attaché étaient encore sur la tige du stop.
Ce panneau de signalisation est imperturbablement resté là, tel quel, pendant plus d’un an. Et puis, il y a deux semaines, il a brutalement disparu. À sa place, a poussé un autre stop, ultra-moderne celui-là, avec une couronne de voyants rouges très lumineux qui flashent toutes les secondes. Pour alimenter les voyants, l’ensemble est muni d’un système à batterie rechargée par un capteur solaire. On voit scintiller ce monument de modernité à cent mètres et il ne dépare pas l’orgie lumineuse de Noël.
Cette anecdote me laisse assez perplexe sur la façon dont est gérée l’implantation des panneaux routiers dans mon secteur. Que s’est-il passé exactement dans le cas de mon stop ? Un fonctionnaire a-t-il pris une décision immédiatement contestée par un des résidents du quartier ? Est-ce le dernier qui a parlé qui a eu raison ? Que penser de la nouvelle installation, qui va à l’encontre de l’esprit de la décision initiale ?
Les voitures qui s’arrêtent et repartent aux stops polluent beaucoup plus que si elles roulaient continuellement à allure modérée. En plus, arrêter et repartir coûte plus cher en carburant, est beaucoup plus bruyant pour le voisinage et accélère l’usure des véhicules. N’aurait-il pas été cent fois plus simple de mettre une petite barrière en tube au bout du chemin pour faire ralentir les gamins ?
La solution qui a été finalement adoptée est la plus coûteuse pour tout le monde. Sans compter qu’on va bien voir comment va se comporter la batterie du stop par -25, surtout lorsque le capteur solaire sera sous 10 cm de neige... Bref, une réussite. Je tire mon chapeau aux décideurs qui en sont responsables.
PS : En parlant de stops, j’ai constaté un curieux phénomène, l’autre fois.
Au Québec, les rond-points sont rarissimes et lorsque deux rues se croisent, l’intersection comporte presque toujours 4 stops. Les véhicules s’arrêtent et c’est celui qui est arrivé en premier qui repart aussi en premier. Assez souvent, j’arrive quasi-simultanément avec une autre voiture à une intersection. Pendant quelques secondes, on se fait signe : « à vous », « mais non, à vous », « je n’en ferai rien », « vous en êtes un autre », etc... avant de repartir ensemble et se bloquer mutuellement. Après une autre séance un peu plus courte de politesses, nous parvenons enfin à poursuivre notre chemin.
Le phénomène bizarre survient immanquablement si l’autre conducteur est une conductrice. Lorsque j’arrive en même temps qu’une femme, il n’y a pas une once d’hésitation : elle passe en premier, sans même m’accorder un regard.
Serait-ce une particularité du code de la route en vigueur au Québec qui voudrait qu’en cas de simultanéité, la priorité soit donnée aux femmes ?